Extraits de l'ouvrage de Serge Caillet,
"L'Ordre Rénové du Temple, aux racines du Temple Solaire"
Suivi du témoignage de Raymond Bernard

(éd. Dervy, 1997 ISBN 2 85076-924-X).

Serge Caillet, historien de l'occultisme et des sociétés initiatiques, a notamment publié plusieurs ouvrages de référence sur la franc-maçonnerie égyptienne, le martinisme et le rosicrucianisme.

Pour ce livre, l'auteur a puisé dans les archives et rencontré longuement Raymond Bernard.

Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur et de l'éditeur.

• A propos d’Arginy, de l’OSTS et de Jacques Breyer

• A propos de la création de l’ORT

• A propos de Maha et du Cardinal Blanc

• A propos de Julien Origas

• A propos de l’extrême-droite

• A propos de J. Di Mambro

• Réflexions

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• A propos d’Arginy, de l’OSTS et de Jacques Breyer

S. C. : Tu n'as jamais appartenu formellement au premier cercle de la résurgence d'Arginy ou à l'Ordre Souverain du Temple Solaire ?

R. B. : Je n'ai appartenu ni à l'un ni à l'autre et je n'ai jamais tenté d'y appartenir. Je n'avais aucune raison de le faire. L'AMORC me suffisait et absorbait tout mon temps et toutes mes pensées. En ce qui concerne Jacques Breyer, je l'ai revu une seule fois, et très brièvement, après le Mont Obiou, et ce fut dans une circonstance privée à La Baule où résidait sa mère. […] Je sais cependant qu'il avait établi une société d'éditions à Paris ....[…] En tout cas, j'ai, en ce qui me concerne, perdu de vue complètement Jacques Breyer. Ayant créé l'ORT, je n'avais plus de rapport avec lui. C'est pourquoi quand je lis ici ou là, et de la part d'auteurs certes d'extrême bonne foi, qu'un lien a existé entre tous ces mouvements, je ne sais si c'est le cas pour d'autres, mais je puis affirmer nettement que cela n'a jamais été le cas pour moi.

S. C. : On a écrit que Breyer par exemple, était le grand maître secret de l'ORT. Il n'y a donc pas de lien ?

R. B. : Cela n'a certes pas été le cas tant que j'ai assumé la direction de l'ORT ou même quand j'ai ensuite été pendant un temps tenu au courant, mais je ne sais pas ce qui a pu se produire par la suite, après que j'ai rompu tout lien avec ce mouvement, en continuant certes d'appliquer pour lui ce que j'ai toujours fait pour les autres: "la plus large tolérance dans la plus stricte indépendance".

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• A propos de la création de l’ORT

R. B. : L'idée templière, il ne faut pas hésiter à le répéter sans cesse, était à cette époque-là très forte dans tous les milieux de l'ésotérisme. Extrêmement forte ! Et c'est, je le répète aussi, un peu pour édifier une structure qui puisse éviter aux membres de l'AMORC d'être tentés par des mouvements peu sûrs, de création récente et dont on ne contrôlait pas les activités réelles que j'ai créé l'ORT. C'est là, comme je l'ai souligné à diverses reprises, l'origine réelle de l'ORT.

J'ai omis de préciser un point important. Avant d'en venir à la création de l'ORT, j'avais habituellement, comme je le faisais pour la moindre activité, informé Ralph M. Lewis qui, à l'époque, était Imperator de l'AMORC, c'est-à-dire son chef suprême et je lui avais expliqué la situation créée par l'intérêt porté dans le public à l'ordre du Temple. Il avait parfaitement compris et m'avait donné son accord pour les projets que j'avais, mais en insistant sur le fait que l'AMORC ne devait pas être officiellement impliquée, ce que je comprenais parfaitement et c'est pourquoi j'ai créé l'ORT comme un mouvement indépendant. […]

S. C. : Au départ, Ralph M. Lewis était donc tout à fait d'accord. Il t'avait lui-même mandaté ?

R. B. : Il ne m'a pas mandaté. C'est moi qui lui avais expliqué la situation et je dois dire que la réalisation, comme je l'ai faite, de cette idée templière, a renforcé l'AMORC à l'époque. L'AMORC, d'ailleurs, devait à ce moment-là, être renforcée de différentes façons. Jeanne Guesdon, avant moi, avait fait un travail considérable vis-à-vis de l'extérieur. Elle avait fondé l'AMORC de France, et ses effets avaient été remarquables dans nombre de domaines. Malgré cela, pendant des années encore, certains prétendent que l'AMORC était une école par correspondance, ce qui était inexact. La création des loges, chapitres et pronaos que j'avais entrepris commençait à faire cesser cette idée fausse. La création de l'ORT devait, à sa façon, contribuer à l'effacer définitivement. […]

S. C. : Pourquoi as-tu cessé de t'occuper de l'ORT ?

R. B. : En quelques mois je me suis rendu vite compte que l'attrait pour les templiers dans le cadre indirect de l'AMORC et en forte liaison avec celui-ci, risquait de produire un effet contraire et préjudiciable à l'AMORC et à ses techniques de travaux. J'ai donc pensé qu'il était mieux de séparer les activités d'une manière radicale et de confier la responsabilité de l'ORT à quelqu'un d'autre pour ensuite couper les ponts, comme l'on dit.

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• A propos de Maha et du Cardinal Blanc

S. C. : En 1968, tu rédiges "Rendez-vous secret à Rome", qui fut d'abord diffusé auprès des membres de l'AMORC, en 1969 ; puis publié en 1970 dans ton livre "Les maisons secrètes de la Rose-Croix", qui contient d'autres récits du même genre.

R. B. : Énormément de questions étaient posées par les membres de l'ordre qui nécessitaient des réponses qu'il n'était pas possible de donner dans le cadre défini de l'AMORC. J'ai donc écrit à ce moment-là des comptes-rendus de discussions que j'avais eues avec de nombreuses personnalités ayant à l'époque des responsabilités éminentes et il en est résulté la figure mythique et allégorique d'abord de Maha, ensuite du Cardinal Blanc, et puis "Les Maisons secrètes de la Rose-Croix". […] Il était nécessaire de bien remettre les choses au point, pour montrer les abus, les inventions, les utilisations erronées, par certains, de textes dont le but était et reste d'aider et d'inspirer et aussi pour éviter que ces textes n'inspirent d'autres abus, innovations ou utilisations dans l'avenir. […] Cela m'a conduit à de considérables réflexions. Quand mes livres ont été publiés, au départ, il n'y avait pas d'avertissement, et c'est Ralph M. Lewis lui-même qui m'a dit alors : "Rédigez surtout un avertissement établissant que vos écrits comportent des symboles et des allégories aussi bien que des faits". Un avertissement établissant ce fait fondamental a figuré dans toutes les éditions publiques. Mais lit-on ce genre d'avertissement ? […]

Maha désignait un personnage "inventé" de mon récit. Je vais ajouter cependant ajouter ceci : si j'étais de ceux qui aiment entretenir le mystère, envers et contre tout, même la vérité, je laisserais se perpétuer ce mystère-là et raconter ce que l'on veut. Si tu me permets une prédiction, cela m'arrive rarement, je te dirai que malgré tout ce que j'ai exprimé ou révélé dans mon entretien avec toi, certains n'hésiteront pas à prétendre que j'ai voulu, en niant une vérité, simplement protéger celle-ci. […] Dans un livre récent, d'ailleurs, j'ai lu déjà : "Il dit que ce n'est pas vrai ! Faux !". Nul ne peut empêcher cela ...

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• A propos de Julien Origas

S. C. : Comment as-tu rencontré Julien Origas. Tu le connaissais auparavant ? Fréquentait-il déjà les mouvements néo-templiers ?

R. B. : Il était depuis longtemps membre de l'Ordre de la Rose-Croix au sein duquel il avait atteint un degré assez élevé. Peu après ma prise de fonctions dans l'AMORC, j'avais établi, selon les règles de l'ordre et comme ceci se faisait en d'autres juridictions, que des réunions soient possibles parfois en assemblées générales, parfois par degrés, autrement dit des réunions de loge ou de chapitre. C'est lors d'une réunion de ce genre que j'avais vu Julien Origas et son épouse Germaine, rosicrucienne elle-même. Il est important que les faits soient bien clairs et tu me donnes l'occasion de les rendre ainsi. Julien Origas et son épouse Germaine étaient d'excellents rosicruciens, leurs filles étaient "colombes", c'est-à-dire remplissaient un office de portée rituelle dans la loge. Quand Julien Origas est entré dans l'AMORC, il n'y avait ni contact ni rencontre entre les membres. C'est moi qui, en 1956, ai établi les premières loges. Il est donc faux de prétendre que Julien Origas ait pu entrer dans l'AMORC par calcul. C'est là un propos calomnieux. Julien et Germaine Origas étaient profondément sincères. […] Du point de vue religieux, Origas était catholique et il ne l'a jamais caché. Tout ce qu'il a pu faire, réaliser et accomplir, à partir du moment où il a pris personnellement et définitivement en main l'ORT le regarde et a été de sa responsabilité exclusive, ce qui était normal et logique. Il n'a plus eu alors à me tenir au courant. Il ne l'a pas fait et il n'avait pas à le faire.

S. C. : On a fait d'Origas un fasciste, et on s'est beaucoup arrêté sur son passé, puisqu'il fut jugé et condamné en 1947 à quatre ans de prison, pour atteinte à la sûreté de l'État. Étais-tu au courant de son passé ?

R. B. : Dans l'AMORC, il n'y a jamais eu de demande de casier judiciaire ou autre, de sorte que tout le passé de quelqu'un est un domaine qui lui est personnel. Quand j'ai appris par la presse que Julien Origas avait eu des ennuis du fait de certains de ses actes pendant la guerre, j'ai été surpris. Mais puisqu'il avait été jugé, fallait-il le juger à nouveau ? Parce qu'il avait commis une faute - même grave - fallait-il lui fermer toutes les portes pouvant lui permettre une recherche spirituelle et l'aider à progresser dans la voie de la tradition. Il était catholique. Avait-il été excommunié en raison de ce qu'il avait pu faire ? […] Si Julien Origas avait commis des actes extrêmement graves, il aurait par décision de justice perdu ses droits civiques, et il n'aurait jamais pu faire quoi que ce soit dans le domaine des associations ou de la participation à des activités publiques, caritatives ou autres. J'ai du mal à comprendre que les erreurs d'un homme doivent le poursuivre toute une vie, si ces erreurs n'ont pas été d'une gravité nécessitant des peines sévères de la justice. Je pense, de toute façon, que si Julien Origas, maintenant décédé, est à étudier en relation avec ses activités, ses actes et ses accomplissements, c'est sur ceux-ci que cette étude doit porter. Il y a eu apparemment deux phases dans sa vie : d'une part sa jeunesse, et n'oublions pas que comme Alsacien, il a été de force considéré par l'occupant comme Allemand et d'autre part, sa vie d'adulte et de cherchant sur ce que l'on appelle les sentiers de la tradition. Dans les deux phases sans doute, il a manifesté son caractère fort et décisif.

S. C. : Oui sans aucun doute, c'était un personnage ...

R. B. : Absolument persuadé de la justesse de ses vues et s'il avait une certitude, il n'était pas disposé à en changer. Il pouvait certes, comme avec moi, se plier apparemment à l'avis exprimé ou à l'instruction donnée. Mais il faisait ensuite en sorte de réaliser sous une autre forme ce qu'il avait décidé de lui-même. On ne peut reprocher à quelqu'un sa force de caractère, mais rien ne s'oppose à ce que ses actes soient évalués.

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• A propos de l’extrême-droite

S. C. : On a dit que Julien Origas aurait souhaité mettre sur le trône de France le marquis de Ménars. Ce sont des choses dont tu as dû entendre parler à l'époque.

R. B. : Jamais, à aucun moment de ma vie et de ma carrière au service de la tradition, il ne me serait venu personnellement une idée pareille ! En particulier, lors de sa création, ce n'était pas le but de l'ORT. J'aurais du mal à croire que Julien Origas ait, par la suite, envisagé cela. Peut-être, tout simplement, comme ceci a été le cas pour moi et d'autres, lui a-t-on attribué des pensées qu'il n'a jamais eues.

Cela m'amène à mentionner d'autres fausses assertions, celles qui font de l'ORT, de l'OSTI et même de l'AMORC des mouvements d'extrême-droite. C'est une assertion qui n'est pas seulement mensongère. Elle est aussi ridicule. Selon ce qui est proclamé, et si mes informations sont exactes, l'extrême-droite a la volonté de supprimer tous les Ordres et mouvements traditionnels. Comment un Ordre traditionnel ou ésotérique pourrait-il dans ce cas se rattacher, de près ou de loin, à une telle tendance politique. C'est plus qu'absurde. En tout cas, parce que je le sais, je puis dire que l'AMORC, notamment mais aussi d'autres mouvements, l'OSTI par exemple, s'interdisent statutairement toute activité d'ordre politique ou religieux. Chacun est libre de ses choix mais ne peut adhérer à des thèses visant à supprimer ou réduire la liberté d'association. Pour ma part, de telles thèses politiques sont bien éloignées de mes choix, c'est évident. […] Sans doute, il existe des mouvements dont le but est politique, mais c'est leur spécificité. Il faut savoir les distinguer - et ils sont très peu nombreux et minoritaires - du grand ensemble de mouvements de recherches, d'ordres et d'associations qui sont des mouvements authentiquement cherchants.

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• A propos de J. Di Mambro

S. C. : Mon ami Jean-François Mayer a pu obtenir d'Omonville la date d'entrée de Di Mambro à l'AMORC : 1956. Et il a trouvé une lettre de Serge W., Grand Secrétaire de l'AMORC, adressée à Di Mambro, attestant qu'il y était encore en 1969. Peut-être a-t-il même été maître de la loge Claude Debussy, à Nîmes. As-tu entendu parler de lui à l'époque ?

R. B. : Dans un mouvement traditionnel tel que l'AMORC qui inclut des milliers de membres, il est impossible à un dirigeant de les connaître tous, même si des liens fraternels unissent l'ensemble. En ce qui concerne Di Mambro, ayant été maître (on l'est un ou deux ans) d'une loge, j'ai eu certainement la possibilité de le connaître davantage. Peut-être même ai-je visité officiellement sa loge une fois. C'était l'une de mes tâches importantes et extrêmement fréquentes que ces visites aux loges si nombreuses. En tout cas, pour celle de Nîmes, je ne m'en souviens pas. Cependant, il m'a été dit que j'avais exclu Di Mambro de l'AMORC dans les années 60. Je supposais que c'était en 1963. Mais comme tu me dis qu'en 1967 Serge W. lui a écrit, l'exclusion a donc été faite plus tard. Je n'ai aucune possibilité de vérifier cela. Je n'ai pas souvenir des circonstances mais, selon les informations que j'ai pu obtenir, il n'était plus rosicrucien à partir d'une certaine date. J'ai peu, très peu exclu dans les fonctions que j'ai assumées. C'est une décision qui est contraire à ma manière de penser, d'agir et de traiter les problèmes, s'il y en a. Curieusement, je n'ai aucun - je dis bien aucun - souvenir de Monsieur Di Mambro. Même s'il est resté longtemps rosicrucien, je regrette de dire qu'il ne m'a pas frappé au point que je me souvienne de lui, et ce, même si un dossier est venu sur mon bureau et que j'ai suivi la recommandation d'exclusion. […]

S. C. : Et donc il ne resterait rien du passage de Di Mambro en dehors de sa fiche attestant qu'il est entré dans l'AMORC en 1956. C'est ce que dit Omonville.

R. B. : On saurait donc dans l'AMORC à quel moment Monsieur Di Mambro a été exclu ? Dans ce cas, je suppose que cela est dit. Le sens des responsabilités oblige et les dirigeants, le Grand Maître notamment, ont ce sens des responsabilités. Je n'ai aucun doute à ce sujet.

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• Réflexions

• La vérité en elle-même est suffisamment intéressante quand une recherche de faits est entreprise et que l'on s'efforce de dire les choses telles qu'elles sont. Il est beaucoup plus intéressant d'examiner des faits et l'histoire authentiques que de chercher à inventer des choses ou de vouloir absolument trouver ou bâtir du sensationnel.

• En ce qui concerne l'ORT, avec le recul de l'âge, l'idée me vient parfois que ceci ou cela aurait pu être évité si j'avais dissous l'ORT complètement. Rien ne se serait alors passé que l'on a connu par la suite. Avec un tel raisonnement, l'on peut aller plus loin et dire que si je n'avais pas eu l'idée de l'ORT, rien ne se serait passé non plus. Mais, ne peut-on pas affirmer aussi que nombre d'accomplissements utiles n'auraient pas vu le jour ?...

• Ce qui est plus essentiel et que je ne comprends pas, c'est que des gens puissent être amenés à croire qu'il faut se suicider et le faire. […] Ceux qui acceptent de telles directives, de telles suggestions ne disposent plus à ce moment-là de leur libre arbitre et ceux qui donnent de tels enseignements et de telles directives ont perdu l'esprit, pour ne pas employer un mot plus fort […]. De tels enseignements, de telles directives sont criminels. Rien dans leur enseignement pour le peu qu'on en sait par les médias ou dans leurs rituels, ne peut être assimilé dans le but poursuivi et les résultats avec ce qui fait partie des activités des mouvements traditionnels connus.

• Les mouvements traditionnels sont des mouvements de vie, non de mort. C'est la plénitude de l'ici et maintenant qui est recherchée, ainsi que la fraternité et la liberté.

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