Deux interviews de Raymond Bernard

Interviews proposées et réalisées le 19 février 1999 et le 19 janvier 2000, par des personnes qui connaissent Raymond Bernard depuis longtemps, afin de permettre à ceux qui cherchent une information claire et objective un regard différent à travers un témoignage direct.

L'interview du 19 janvier 2000

  1. Dans un article sur Internet, mention est faite de déclarations et de publications d'un certain H. S., ancien Grand Trésorier de l'AMORC. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces déclarations et ces publications sont injurieuses pour vous. Que pouvez-vous répondre ?
  2. Dans ce même article, il est question de Jacques Breyer. Pouvez-vous dire quelques mots à son sujet ?

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L'interview du 19 février 1999

  1. Raymond Bernard, les médias, surtout en Suisse et en France, ont maintes fois consacré titres, reportages et interviews à l’O.T.S . Avez-vous été en contact avec l'OTS ?
  2. Avez-vous rencontré Jo di Mambro ou Luc Jouret ?
  3. Quelle est l'origine de l'ORT ?
  4. Que représente le Cardinal blanc, personnage mystérieux de votre récit "Rendez-vous secret à Rome", dans la transmission templière ?
  5. Y-a-t-il une autorité commune, une forme de synarchie, à laquelle tous les Ordres se réfèrent ?
  6. Ce personnage mystérieux, Maha, qui serait en contact avec tous les Ordres, est-il réel ?
  7. Pourquoi avez-vous cessé toute participation effective au travail de l’AMORC, d’abord comme Grand Maître en 1977, puis comme Légat Suprême en 1986 ?
  8. Votre succession peut-elle suggérer que l’AMORC est une affaire de famille ?
  9. Qu'est-ce qui vous a amené à créer de si nombreux mouvements ?
  10. Pourquoi n’avoir pas fait tout cela dans le cadre d’une organisation déterminée que vous dirigiez ?
  11. Avez-vous été initié par Jacques Breyer ?
  12. Quelles sont vos relations personnelles avec la franc-maçonnerie ?
  13. Pouvez-vous nous parler de vos relations avec l’Afrique et avec certaines personnalités politiques africaines ?
  14. Vous avez été aussi consultant de personnalités politiques. Où est la limite entre le fraternel et le politique et quelles incidences financières en ont résulté ?
  15. Il existait donc un CIRCES Afrique avant le CIRCES France ?
  16. Après votre retrait de la fonction de Légat Suprême dans l’AMORC, êtes-vous parti en Afrique avec un projet particulier ?
  17. Quelle est l’influence des services secrets dans les mouvements traditionnels ?
  18. Certains exercices, comme Medifocus, n'avaient-ils pas pour objectif d’influencer les personnalités politiques ?
  19. Etes-vous à l’origine du terme " transition " pour désigner la mort ?
  20. Que pensez vous alors de l’utilisation du terme " transit " ?
  21. N’étiez-vous pas, par toutes vos fonctions, devenu un gourou ?

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Questions et réponses

Dans un article sur Internet, mention est faite de déclarations et de publications d'un certain H. S., ancien Grand Trésorier de l'AMORC. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces déclarations et ces publications sont injurieuses pour vous. Que pouvez-vous répondre ?

Il est regrettable que certains puissent, plus ou moins anonymement, publier sur Internet ou répandre de quelque façon que ce soit, des déclarations ou informations non contrôlées, simplement parce qu'elle semblent s'inscrire dans leurs intentions qui, il faut bien le reconnaître, ne semblent pas nettes et dont il serait utile de savoir la véritable motivation. Je ne me prêterai jamais à de telles discussions sur de tels sujets, sauf, si nécessaire, pour rétablir les faits et ces faits les voici : l'ancien Grand Trésorier de l'AMORC, Monsieur H. S., a, d'une part, été gravement condamné en justice et en appel pour des détournements financiers importants au détriment de l'AMORC dont il a été ensuite définitivement exclu. Il a d'autre part, également en justice et en appel, été gravement condamné, avec, en outre, de fortes amendes, pour diffamation envers moi-même pour les déclarations et publications (cassettes, circulaires, etc.) mentionnées dans l'article dont vous parlez. Il en a été de même pour la toute petite clique qui le soutenait dans cette entreprise diffamatoire.

Je suis vraiment désolé d'avoir eu à rappeler ces faits pour rétablir la vérité. Je ne l'aurais jamais fait si l'article auquel vous vous référez n'avait pas été publié sur Internet avec les erreurs et contre-vérités qu'il renferme.

Dans ce même article, il est question de Jacques Breyer. Pouvez-vous dire quelques mots à son sujet ?

Je le fais d'autant plus volontiers que certains propos qui m'ont été prêtés sont complètement erronés. Je me souviens n'avoir rencontré Jacques Breyer que deux fois, mais je partage sans aucune restriction ce que l'auteur de l'article en question écrit à son sujet. Jacques Breyer a en particulier publié des ouvrages parfois difficiles à saisir à simple et première lecture, mais je les avais considérés si utiles à connaître que j'en avais, à l'époque, recommandé la lecture aux membres de l'AMORC donc j'avais, à ce moment-là la responsabilité dans les pays de langue française en particulier.


1. Raymond Bernard, les médias, surtout en Suisse et en France, ont maintes fois consacré titres, reportages et interviews à l’O.T.S. Avez-vous été en contact avec l'OTS ?

En réponse aux questions qui ont pu, à quelque moment que ce soit, m’être posées à ce sujet, j’ai dit et répété que je n’avais absolument rien à voir avec l’organisation qui a été connue sous le nom d’Ordre du Temple Solaire. Je réponds clairement et catégoriquement que je n’en ai entendu parler pour la première fois, comme tout le monde, qu’au moment de la tragédie. Je déclare donc, de manière nette, complète et énergique, que toute référence qui pourrait être faite à une relation, même lointaine, entre l’Ordre du Temple Solaire et moi, serait totalement et définitivement fausse et mensongère. Je ne suis pas plus informé des questions de l’OTS que le public en général qui a lu dans un journal ou une revue, ou entendu à la radio quoi que ce soit à ce sujet, ou vu quelque émission que ce puisse être à la télévision.

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2. Avez-vous rencontré Jo di Mambro ou Luc Jouret ?

Dans un mouvement traditionnel et ancien tel que l’AMORC qui inclut des milliers de membres, il est impossible à un dirigeant de les connaître tous, même si des liens fraternels théoriques unissent l’ensemble. Mes fonctions successives dans l’AMORC furent celles de Grand Maître, puis de Légat Suprême pour l’Europe et enfin membre du conseil mondial constitué alors de cinq membres seulement siègeant aux Etats-Unis, en Californie, siège suprême de l’Ordre à cette époque. Ces fonctions étaient telles du point de vue du travail, des activités et des responsabilités qu’elles ne permettaient pas un contact avec chaque membre de l’Ordre individuellement. La situation est, dans de telles fonctions, la même que celle d’un dirigeant d’une très grande société dans le monde en général.

En ce qui concerne Monsieur Di Mambro, du fait qu’il avait été, selon la terminologie traditionnelle, " Maître " (on l’est un ou deux ans) d’une loge rosicrucienne, il serait possible que je l’aie rencontré. Il m’a été dit après la tragédie que l’on sait, que j’avais exclu Monsieur Di Mambro de l’AMORC. Je n’ai pas souvenir des circonstances ni des raisons de cette exclusion. Selon les informations que l’on m’a données, il n’était plus rosicrucien à partir d’une certaine date. Quant à moi, je n’ai aucun - je dis bien aucun - souvenir de Monsieur Di Mambro. Même s’il a été un temps rosicrucien, je regrette de dire qu’il ne m’a pas frappé au point que je me souvienne particulièrement de lui, et ce, même si, un dossier étant venu sur mon bureau, j’ai suivi une recommandation d’exclusion le concernant, conformément aux règles de l’Ordre.

Quant à Monsieur Luc Jouret, je ne l'ai jamais rencontré et je ne peux, par conséquent, avoir quelque souvenir que ce soit de lui.

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3. Quelle est l'origine de l'ORT ?

L’ouvrage de Serge Caillet intitulé : " L’Ordre Rénové du Temple, aux racines du Temple Solaire " publié chez Dervy et certainement toujours disponible est la meilleure et la plus complète référence à ce sujet. Je résumerai donc très brièvement ce qui est rapporté si parfaitement dans ce livre.

Je suis à l’origine de l’ORT. Alors que l’Ordre de la Rose-Croix AMORC était en pleine formation en France, il y eut alors un grand intérêt du public pour les questions templières. J’ai pensé, pour éviter que les membres de l’AMORC se dispersent, qu’il était judicieux d’établir au sein, ou de manière très proche, de l’AMORC, un mouvement qui porterait le nom de templier. J’ai donc demandé l’avis du directeur mondial de l’AMORC, celui qui a le titre traditionnel d’Imperator. Il m’a finalement donné son accord et j’ai ainsi créé l’organisation appelée Ordre Rénové du Temple. Je l’ai fait en octobre 1970 sous la forme d’une association légale distincte de l’AMORC. Cet Ordre, depuis sa création et jusqu’au moment où je m’en désintéresse complètement, en octobre 1972, était réservé uniquement aux membres de l’Ordre de la Rose-Croix AMORC. Il n’y avait alors aucune exception à cette règle. Rapidement les conditions générales se rapportant aux questions templières ayant changé et l’intérêt des Rosicruciens ayant vite décru, plus vite qu’envisagé au début, il n’était plus nécessaire qu’un mouvement templier soit lié à l’AMORC et j’ai donc chargé Julien Origas de la responsabilité de l’Ordre Rénové du Temple. Julien Origas était un membre de l’AMORC, très loyal envers celui-ci. Pendant un certain temps, il a voulu me tenir informé puis, sur mon insistance, car l’AMORC occupait tout mon temps, il a cessé, et conduit l’ORT comme il l’entendait. Je n’avais plus à être informé et je ne l’ai plus été. L’AMORC n’avait plus rien à voir avec l’ORT, et il en était de même pour moi.

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4. Que représente le cardinal blanc, personnage mystérieux de votre récit "Rendez-vous secret à Rome", dans la transmission templière ?

Me trouvant à Rome en octobre 1955, j’ai rencontré Giuseppe Cassarà di Castellamare dont l’adresse m’avait été communiquée par Ralph M. Lewis, directeur mondial de l’AMORC. Il devint vite un ami personnel et m’a fait ensuite connaître le Grand Maître en fonction d’une branche de la Franc-Maçonnerie italienne assez importante, d’essence templière, le Comte Damiani, d’une ancienne famille italienne. C’est ainsi que j’ai été reçu dans une fraternité maçonnique aux origines et à la tradition dites templières. Mais je précise immédiatement et avec insistance que, dans mon esprit et ma ferme conviction, il n’y a aucun lien possible entre quelque organisation templière que ce soit et l’Ordre du Temple, créé au douzième siècle. Cela, je n’ai jamais cessé et je ne cesserai jamais de le proclamer.

Il m’est arrivé, certes, dans des conférences, livres et articles, de me référer à l’aspect templier d’une " réception initiatique " qui m’a été accordée dans un cadre déterminé. Cette tradition séculaire était fondamentalement maçonnique, et en soulignant son caractère en essence templier, j’ai dit l’exacte vérité. Ne pouvant, à l’époque, conformément aux règles de la tradition maçonnique et surtout par respect pour le caractère confidentiel de telles activités dans une ville, Rome, où il était prudent de ne pas être trop clair et précis, je ne pouvais préciser le fait que le cadre de cette transmission était une branche de la Très Respectable Franc-Maçonnerie italienne, et la confidentialité maçonnique est toujours de règle partout. J’ai " désigné ", " révélé ", sans dire ni trahir. En me référant au "Cardinal blanc", je me référais, en fait, par une allusion significative du mot cardinal, à un responsable important dont la tenue blanche, de rigueur à l’époque, était symbolique de la tradition dont il assumait la responsabilité. Je n’ai pas été à l’encontre d’une vérité symbolique en parlant du cardinal blanc. Le Cardinal blanc a été, de ce point de vue, un symbole vivant, une réalité. Il m’est possible actuellement, lorsque je reviens à ce grand " passé " et en extrayant quelqu’un en particulier de la charge assumée, de ne me souvenir que du symbole représenté et d’en ressentir toute la force traditionnelle.

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5. Y-a-t-il une autorité commune, une forme de synarchie, à laquelle tous les Ordres se réfèrent ?

S’il y avait une autorité commune, il n’y aurait sûrement pas ces divisions, ces luttes difficiles, ces critiques parfois - hélas ! — acerbes et souvent hypocrites portant sur certains, sans crainte de détruire leur respectabilité. Qu’il y ait, à l’arrière de toutes les activités traditionnelles et EN ESSENCE, un même courant spirituel ou intellectuel, cela est possible, mais si l’on se situe dans le " manifesté " et sur le seul plan humain, physique et matériel, c’est absolument impossible, car contraire à la nature humaine fondamentale. Il suffit de considérer les multiples scissions qui ont eu lieu périodiquement dans toutes les organisations, en particulier dans les temps modernes, pour le constater, et en profiter pour souligner qu’hélas de tels mouvements, lorsqu’ils s’opposent les uns aux autres, quel que soit le mobile et aussi justifié que ce soit en apparence, ne servent pas du tout la cause commune de la tradition. S’il y avait à l’arrière de tous les ordres ou mouvements une direction occulte, cachée, commune, elle ne permettrait certes pas de telles luttes, préjudiciables à l’ensemble. Une telle direction n’existe absolument pas.

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6. Ce personnage mystérieux, Maha, qui serait en contact avec tous les Ordres, est-il réel ?

Le mot Maha est un terme sanscrit qui signifie " Grand ". Maha a été un personnage bâti à partir de mes rencontres avec de multiples personnes qui, sur un certain plan, auquel je crois personnellement, représentent une forme d’autorité " spirituelle de référence " en raison de leur consécration à la recherche de ce qui est nommé dans la tradition " la vérité éternelle " et à la formulation qu’ils ont pu en donner ou transmettre. Le mot Maha a donc désigné, dans ma compréhension, ces différentes personnes qui ont, à quelque moment que ce soit, apporté leur contribution à la tradition telle qu’elle se manifeste au service de l’humanité. L’ensemble de ceux qui ont œuvré en ce sens, je l’ai rassemblé sous le nom d’un personnage, Maha, qui, ainsi expliqué, " rassemblé ", est encore plus impressionnant dans sa multiplicité, dans sa diversité active.

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7. Pourquoi avez-vous cessé toute participation effective au travail de l’AMORC, d’abord comme Grand Maître en 1977, puis comme Légat Suprême en 1986 ?

Les circonstances faisaient que mes aspirations personnelles à servir dans de telles responsabilités étaient comblées et que je ne pouvais pas apporter davantage dans ce cadre défini. Mais surtout le temps était venu pour d’autres, et en particulier pour Christian Bernard, dûment préparé et prêt pour insuffler une dynamique nouvelle et un essor spirituel plus grand, d’assumer leurs responsabilités et d’accomplir leur œuvre.

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8. Votre succession peut-elle suggérer que l’AMORC est une affaire de famille ?

Lorsque j’ai démissionné de mes fonctions, en particulier celle, fondamentale, de membre du bureau suprême, quelqu’un d’autre, naturellement devait être élu à ma place. Mon fils, qui avait grandi dans cet environnement et qui, sans qu’il y soit jamais forcé, était devenu très jeune, membre de l’AMORC, a été élu de manière tout à fait traditionnelle. Ainsi, parce que mon fils était élu à mes fonctions, certains ont fait la remarque que l’AMORC était une dynastie. Des dizaines d’années auparavant, aux Etats-Unis, la même situation s’est produite, Ralph M. Lewis ayant été élu à la suite de son père. Une telle remarque n’avait pas été faite là-bas. C’est en tout cas une remarque que l’on pourrait dire " irréfléchie ". Dans tous les pays républicains, en France et ailleurs, il arrive que le fils soit élu en remplacement de son père. On le voit dans les mairies, dans les conseils généraux, dans les parlements et autres assemblées. C’est même une situation fréquente. Il n’y a rien d’étrange ou de particulier à ce que cela se produise dans des mouvements fraternels. Je dirai même, par expérience, que c’est à la satisfaction de la très grande majorité. Chacun comprend que de telles charges ne sont pas toujours faciles à assumer socialement parlant. J’ajouterai qu’il y a vingt-cinq ans il n’y avait pas beaucoup de candidats surtout pour des fonctions à remplir quotidiennement et sans limite horaires..

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9. Qu'est ce qui vous a amené à créer de si nombreux mouvements ?

Je viens de l’expliquer en partie. J’ajouterai simplement que, pour continuer d’intéresser ceux qui étaient en recherche sincère et les maintenir dans cette recherche, certains sujets et certaines activités me semblaient pouvoir être conduits dans une ou plusieurs directions nouvelles, de manière plus approfondie, sans pour autant quitter la structure fondamentale où était et demeurait pour chacun la base même de ses travaux. C’est ce sentiment très fort qui m’a conduit à créer quelques mouvements spécifiques. Il s’est chaque fois agi de tentatives, d’efforts, en vue d’apporter une aide à certains et de leur éviter des choix qui pouvaient ne pas être sûrs pour eux. Certains de ces mouvements ont été des échecs. D'autres ont perduré. Mais la règle essentielle, forte et ferme que j’ai appliquée, maintenue, et que d’autres, après moi, continueront de suivre, est la tolérance et le respect de tous les mouvements traditionnels et de tous les efforts entrepris où et par qui que ce soit, avec cependant une réserve, celle-ci : une création qui aurait pour unique fondement l’ego, dans les domaines particuliers de la tradition et de la recherche spirituelle, ne saurait être valable et ne pourrait, de toute façon, se maintenir. Tout ce qui est manifestation de l’ego, tout comme l’ego lui-même, a une fin inéluctable, même si celle-ci est plus ou moins rapide. Ce que l’on appelle " avenir " est donc, à cet égard, le meilleur juge.

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10. Pourquoi n’avoir pas fait tout cela dans le cadre d’une organisation déterminée que vous dirigiez ?

Je l’ai fait dans toute la mesure du possible, mais cette organisation, comme toutes les autres, a des règles et le respect de celles-ci est essentiel. Dans le cadre de cette organisation, introduire des recherches particulières ou développer trop, au détriment des autres, une particularité, aurait conduit à une dispersion de l’intérêt de ceux qui venaient à ce mouvement pour en recevoir la formation traditionnelle donnée par lui depuis presque cent ans dans sa manifestation moderne. Une telle dispersion aurait créé une grande confusion et aurait été dommageable pour tous. C’est d’ailleurs, je suppose, la règle toujours majeure du mouvement auquel vous faites allusion et qui est certainement l’Ordre de la Rose Croix AMORC.

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11. Avez-vous été initié par Jacques Breyer ?

Contrairement à ce que l’on a pu dire ou affirmer ici ou là, je n’ai vu Jacques Breyer que deux fois. Une fois, lorsque j'ai été invité par une relation qui appartenait à la même tradition maçonnique que moi à être présent, en tant que " curieux ", à une cérémonie tenue dans un village près du mont Obiou. Cette circonstance est mentionnée dans le livre de Serge Caillet. Une autre fois, lors d’une rencontre courte et formelle chez une amie de sa mère. J’avais naturellement entendu parler de Jacques Breyer car, dans les années 1960, ses livres intitulés " Arcanes Solaires " et " Dante alchimiste ", étaient souvent mentionnés dans certains milieux maçonniques et autres.

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12. Quelles sont vos relations personnelles avec la Franc-Maçonnerie ?

Même si je ne peux participer régulièrement à aucune réunion, à aucune " tenue", parce que ma santé ne me le permet pas, je reste membre d’une grande obédience maçonnique.

13. Pouvez-vous nous parler de vos relations avec l’Afrique et avec certaines personnalités politiques africaines ?

J’ai commencé à assumer mes responsabilités dans l’Ordre de la Rose-Croix AMORC le 1er mars 1956 à un moment où ce qui a été appelé la décolonisation n’était pas encore entreprise, ni même envisagée telle qu’elle a été réalisée par la suite. Or, déjà à cette époque, les enseignements rosicruciens étant envoyés aux membres de l’AMORC sous forme de monographies, des Africains, sur tout leur continent, les recevaient, en anglais d’abord, à partir d’autres juridictions et d’autres pays, puis en français, à partir de la France, lorsqu’une juridiction y fut créée après la dernière guerre mondiale. Au moment où j’ai pris mes responsabilités dans l’AMORC, de nombreux Africains étaient donc déjà rosicruciens. Parmi eux, beaucoup avaient une formation académique et parmi ces membres africains de l’AMORC, au moment où des élections ont eu lieu lors de la décolonisation, certains ont ensuite été amenés à occuper électivement des fonctions très importantes, ou ont été choisis pour les occuper. Ces personnes avaient assurément leurs préoccupations particulières, politiques et autres, leur volonté de se dévouer à leur pays, et les circonstances ont ainsi voulu qu’elles réalisent leurs espérances et leurs choix individuels. Or, certains étaient déjà soit rosicruciens soit francs-maçons, ou les deux, c’est-à-dire membres d’un ou des deux courants essentiels de ce temps. Il n’y avait pas, en effet, en 1956 ni dans toutes les années 1960, autant d’organisations, sectes et autres, qu’il y a de nos jours.

Il est donc clair que le fait que certains Rosicruciens ou Francs-Maçons, ou les deux, aient ensuite accepté des fonctions politiques de premier plan, n’a pas été un choix spécifique qui a été fait par l’AMORC ou la Franc-Maçonnerie. Il s’est trouvé simplement qu’au moment où ils ont assumé leur fonction, ils étaient déjà rosicruciens, francs-maçons ou les deux. C’est ce que je suis en mesure de répondre à votre question, étant bien précisé, et j’insiste, que tous les responsables politiques éminents de ces pays n’ont pas été dans ce cas. Certains n’ont certainement jamais appartenu à quoi que ce soit. Je ne comprends d’ailleurs vraiment pas pourquoi il est si souvent fait référence à l’Afrique et aux Africains dans les domaines dont nous nous entretenons. Les hommes sont partout des hommes, où qu’ils se trouvent, en Europe, en Afrique, en Asie ou en quelque autre continent que ce soit.

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14. Vous avez été aussi consultant de personnalités politiques. Où est la limite entre le fraternel et le politique et quelles incidences financières en ont résulté ?

Personne, avant moi, dans le monde de la tradition qui nous occupe dans cet entretien, n’était allé en Afrique visiter les membres africains, et lorsque je m'y suis rendu, les Rosicruciens d’Afrique ont estimé nécessaire que je rencontre leurs grands dirigeants politiques. Ils le faisaient parce que pour eux, je personnifiais l’idéal auquel ils se rattachaient et que leurs dirigeants politiques représentaient aussi, pour eux, une autre forme d’idéal, celui de leur patrie, de leur pays.

Le fait que j’aie assumé, dans ce même monde de la tradition, des responsabilités pendant des années, faisait aussi que certains Rosicruciens en charge de responsabilités politiques considéraient le travail traditionnel accompli sous mon autorité comme parfaitement utile au bien-être de leur pays, et pensaient m’exprimer leur gratitude en me conférant une fonction particulière dans leur pays, et en demandant mon avis éventuel sur des sujets divers, particulièrement culturels. Et j’ai été très honoré de leur confiance. Ils n’étaient nullement tenus de me considérer comme un conseiller. J’ai fait, en tout cas, mon possible pour être utile. Si j’ai fait état de ces faits, si j’ai permis que dans certaines biographies il en soit fait mention, c’est parce que je suis infiniment reconnaissant à ces pays africains, à leurs hauts dirigeants et donc aux Africains eux-mêmes dans leur ensemble, d’avoir bien voulu, en raison de ce que je représentais, me reconnaître personnellement capable de recevoir, chez eux, un titre officiel assez important pour me montrer leur confiance, leur amitié et leur respect.

A une date plus récente, en fait dès 1986, un CIRCES Afrique avait été établi et il s’est trouvé qu’en raison des fonctions occupées par les responsables de ce CIRCES Afrique, ils étaient en mesure d’aider même financièrement le CIRCES local. Lorsqu’un CIRCES a été ensuite établi en France, ce CIRCES Africain a aidé le CIRCES Français. Ce n’est pas un Etat, un Président, un Ministre, ou quelque autre personnage, qui a aidé à l’établissement de ce mouvement. C’est ce même mouvement tel qu’il existait antérieurement dans ces pays africains qui a apporté son aide matérielle temporaire, sous forme de prêt dûment formulé du point de vue des documents officiels, au mouvement dont le siège était établi en France.

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15. Il existait donc un CIRCES Afrique avant le CIRCES France ?

Absolument, et il a été longtemps question que le CIRCES de France soit simplement une filiale du CIRCES d’Afrique, en particulier lorsque celui-ci s’est établi au Cameroun. C’est d’ailleurs pourquoi certaines accusations ont été portées qui ne sont pas très agréables ni pour les Camerounais, ou les autres Africains d’ailleurs, ni pour ceux qui agissent dans le monde et en France en particulier, dans le cadre de ce mouvement. Tout a été fait dans le CIRCES d’une manière absolument régulière.

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16. Après votre retrait de la fonction de Légat dans l’AMORC, êtes-vous parti en Afrique avec un projet particulier ?

Je n’avais aucun projet. Après mon retrait de la fonction de Légat, il me fallait une sorte de coupure ou " rupture " personnelle et j’ai pensé que le mieux était, pour cela, de partir quelque part. L’occasion s’est présentée, lors d'une conversation que j’ai eue avec un ami, d’aller en Afrique. Nous sommes donc partis, ma femme et moi, habiter au Cameroun, où nous sommes restés pendant un temps assez long. C’est d’ailleurs au Cameroun, dans la demeure obligeamment mise à ma disposition, que j’ai écrit certains documents qui ont été ensuite utilisés dans le cadre du CIRCES, tel qu’il a été à l’origine.

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17. Quelle est l’influence des services secrets dans les mouvements traditionnels ?

Je dois être à nouveau très net et catégorique dans ma réponse à ce sujet. Jamais, à aucun moment, quelque contact que ce soit n’a été pris avec moi pour que je remplisse une mission de ce genre, ou que je fasse quoi que ce soit au service d’un organe quelconque de renseignement et, pour être encore plus précis, j’affirme clairement qu’à aucun moment il n’y a eu pression, demande officielle, officieuse, ou autre, qui puisse, de quelque manière, me faire supposer que l’on s’attendait à ce que j’accomplisse une mission pour des services de renseignement ou pour des services officiels de quelque nature qu’ils soient. Donc, en ce qui me concerne personnellement et en ce qui concerne les mouvements traditionnels dans lesquels j’ai assumé des responsabilités, et c’est le cas de tous mouvements tels que l’Ordre de la Rose-Croix AMORC, la Franc-Maçonnerie, le CIRCES ou l’OSTI, il n’y a, j’insiste, JAMAIS eu d’influence des services secrets, ni d’organes de renseignement ou autre. JAMAIS. Prétendre le contraire serait pur mensonge, pure invention, pure calomnie et pure diffamation.

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18. Certains exercices, comme Medifocus, n'avaient-ils pas pour objectif d’influencer les personnalités politiques ?

Permettez-moi de souligner que je ne suis pas du tout, personnellement, à l’origine de ce qui a été appelé Medifocus. L’Ordre de la Rose-Croix AMORC avait, à ce moment, son siège mondial à San José en Californie. L’idée de Medifocus est née là-bas, c’est-à-dire au siège mondial de l’AMORC, à San José, aux Etats-Unis, dans une intention, certes tout à fait louable, de créer une ambiance vibratoire telle que l’on pouvait espérer voir s’établir davantage d’harmonie entre différents pays à travers leurs dirigeants ou leurs responsables, en leur envoyant des pensées positives. Au bout de quelques mois, les dirigeants de l’Ordre se sont rendu compte que Medifocus pouvait être mal compris ou mal interprété, intentionnellement ou non, et je me rappelle avoir moi-même émis de grandes réserves sur Medifocus. Medifocus a donc été supprimé rapidement et il est pour le moins curieux que l’on en reparle après tant d’années, alors qu’il a été supprimé si rapidement. Une précision pourra être aussi utile. Medifocus, pendant le temps très court où le travail a été proposé, n’était pas une pratique secrète. Il en était fait mention dans toutes les revues rosicruciennes, y compris celles mises à la disposition du public partout dans le monde, mais l’idée d’origine était une idée de compréhension, de réflexion, de méditation, et non pas d’intervention. Cette pratique spirituelle, je le répète, a duré très peu de temps.

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19. Etes-vous à l’origine du terme transition pour désigner la mort ?

Absolument pas. Ce sont les enseignements de l’AMORC qui, depuis 1915, utilisaient ce terme. Ce que les enseignements rosicruciens voulaient par ce mot exprimer, est le fait que la mort - le Rosicrucien étant fondamentalement croyant - n’est pas une fin ultime. Et ceci m’amène à souligner un point important, fondamental. La vie en ce monde, pour quiconque est croyant et s’intéresse aux recherches spirituelles, n’est pas soumise à la volonté de l’homme. Un Rosicrucien ou tout autre spiritualiste authentique, quelles que soient ses affiliations, ne se suicidera jamais. Fondamentalement seul un matérialiste, un incroyant, peut commettre un tel acte, en pensant que la mort est une fin. Il faut cependant remarquer que, soumis à une immense souffrance physique due à la maladie ou à une détresse morale intense, quelqu’un peut, s’il n’est pas secouru, en venir à un acte d’une telle extrémité. Mais c’est là un cas exceptionnel qui ne change rien à la règle ni à la conception fondamentale de l’existence qui est que nul ne peut, s’il est croyant, mettre un terme à son existence en ce monde. Cela revient à dire qu’un authentique spiritualiste, parce que le corps, pour lui, est le temple de l’âme, s’efforce de maintenir celui-ci en bonne santé. Je n’ai jamais vu un authentique " Cherchant " ne pas réfléchir aux moyens d’être tout à fait en forme et de vivre aussi longtemps qu’il le peut, de manière à pouvoir agir, dans les meilleures conditions et participer ainsi activement au monde. Le terme " transition " des enseignements rosicruciens en Anglais a été utilisé dans les monographies traduites en français pour désigner la mort. Il n’y pas d’autres explications à donner. Remarquons simplement qu’il y a d’autres mots qui, parce qu’un jour quelqu’un a commis un acte répréhensible, ont pris une signification elle-même répréhensible et particulière ensuite, en réponse à un événement ayant frappé le public, mais cela ne signifie pas pour autant que ces mots, dans leur essence et leur vérité, aient voulu signifier quelque chose de néfaste ou de négatif. En ce qui concerne le mot " transition ", il veut indiquer une continuité et non pas une rupture. Pour le croyant, pour le spiritualiste, l’homme n’est pas maître de la durée de son existence. Il ne lui est pas permis d’y mettre fin. C’est, de mon point de vue, une erreur, et une faute grave de décider consciemment de sa propre fin. Mourir n’est pas une décision qui appartient à l’homme, c’est une circonstance naturelle. L’homme ne peut intervenir, dans son existence, que pour faire en sorte de prolonger le plus possible l’existence de son outil qu’est le corps.

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20. Que pensez vous alors de l’utilisation du terme " transit " ?

Transit ou transition, il n’y a aucune différence dans la portée du mot. C’est une simple question de terminologie et tout ce que je viens de dire s’applique donc à l’un et l’autre de ces termes.

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21.N’étiez-vous pas, par toutes vos fonctions, devenu un gourou ?

Je ne pense pas que quelqu’un de réfléchi ait pu jamais me considérer ainsi, mais je répondrai ceci : Je n’ai jamais, et dans le cadre d’aucun mouvement, quel qu’il soit, assumé des fonctions de gourou. Dans l’Ordre de la Rose-Croix AMORC, les fonctions sont électives et il en est de même dans la Franc-Maçonnerie. Il s’est trouvé qu’en France, dans l’Ordre de la Rose-Croix AMORC, j’ai été réélu plusieurs fois et j’ai ainsi tenu mes fonctions pendant un nombre important d’années. Dans des pays proches de la France, en particulier, des responsables n’ont pas été réélus aux fonctions qu’ils occupaient et ainsi les changements ont été beaucoup plus perceptibles. Pour les membres de l’AMORC, comme pour les Francs-Maçons ou l’OSTI, ils n’ont certes pas de gourou. Il n’y a pas chez eux de direction donnée d’une manière arbitraire, dogmatique ou dictatoriale. Absolument pas. Celui qui assume une fonction rend périodiquement des comptes à une assemblée, elle-même élue. Et c’est ce qui est le cas dans l’organisation interne de l’AMORC, comme dans les autres grands mouvements traditionnels. Dans l’AMORC, pour ne citer que ce mouvement, son bureau suprême était, et il est sans doute toujours, en dernière analyse, l’expression de la volonté exprimée par des votes lors de conventions ouvertes à tous les membres. Si, pour prendre mon propre exemple, j’ai été élu au Bureau Suprême, j’ai été confirmé dans ces fonctions lors d'une convention réunissant tous les membres. Certes, on peut, en observant diverses organisations traditionnelles, remarquer que les dirigeants ne changent guère. A cela, je répondrai en observant, y compris en France, que la plupart des grands partis politiques ont les mêmes dirigeants depuis des dizaines d’années. Dès l’instant que les membres de ces partis sont satisfaits et que, par leurs différentes assemblées, ils réélisent les mêmes personnes, c’est certes tant mieux pour la continuité des activités de ces partis. Pourquoi, dès lors, s’étonner qu’il puisse en être de même dans les mouvements traditionnels, comme c’est le cas dans l’AMORC ou comme c’est le cas dans d’autres grands mouvements, comme la Franc-Maçonnerie, le CIRCES, ou encore l’Ordre Souverain du Temple Initiatique, l’OSTI ? Si les membres en viennent à être mécontents de la manière dont ils sont conduits, ils le manifesteraient lors des votes et leurs responsables seraient différents. Mais pourquoi les changer dès l’instant qu’ils remplissent leur fonction comme il se doit et qu’ils représentent ceux qui les ont placés dans leur charge par des votes directs ou indirects, c’est-à-dire par un système électif à plusieurs niveaux ? Et cela est valable pour tous les mouvements, qu’il s’agisse de politique, de culture ou de quelque domaine que ce soit.

Généralement lorsqu’on considère les activités d’un mouvement traditionnel, que ce soit la Franc-Maçonnerie, que ce soit l’Ordre de la Rose-Croix AMORC, que ce soit l’OSTI, on voudrait en faire une particularité. Il n’y a pas de particularité. La même façon de procéder est suivie dans tous les mouvements. Elle est en France fondée sur la loi de 1901. Elle implique une assemblée générale, un ou des bureaux élus et des dirigeants eux-mêmes élus, quels que soient les modes d’élection adoptés.

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