Groupe Virtuel d'Indépendants Partenaires
Virtual Independents Partners Group


Une expérience d'organisation virtuelle : le Groupe V.I.P.
 


Festival Européen du Télétravail et des Télé-activités 1998
 


Par François Ghoche



L'exposé présente avec le Groupe V.I.P., l'une des formes de ces nouveaux modes de coopération et de coopétition rendues possibles par les outils des nouvelles technologies de l'information et de la communication, ainsi que par l'Internet.
Le Groupe V.I.P. a débuté ses activités à la veille de l'été 1997. Cette communication décrit cette expérience d'organisation virtuelle regroupant des indépendants et des micro-structures. Elle fait le point sur le projet.
Les antécédents de l'expérience et le statut des indépendants sont également abordés.


TABLE DES MATIERES

1. INTRODUCTION

2. LES ORIGINES
2.1 LA MONTÉE DE L'INDÉPENDANCE
2.1.1 Vous dites, "indépendant" ?...
2.1.2 Une position inconfortable
2.1.3 Une évolution perceptible
2.1.4 Mais un frein au niveau des mentalités
2.1.5 Statut fiscal et social inique
2.1.6 Détournement du droit du travail
2.1.7 Les nouvelles réalités
2.2 DES BESOINS COMMUNS
2.2.1 La foire et le moulin
2.2.2 Maîtriser la charge de travail
2.2.3 Image de marque
2.3 L'ÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE
2.3.1 L'exception française
2.3.2 Un comité virtuel précurseur
2.3.3 Autres expériences antérieures

3. LE GROUPE VIRTUEL D'INDÉPENDANTS PARTENAIRES
3.1 INDÉPENDANTS
3.2 PARTENAIRES
3.3 GROUPE VIRTUEL

4. L'ORGANISATION VIRTUELLE - LES SPHÈRES
4.1 LA SPHÈRE EXTÉRIEURE : LES SYMPATHISANTS ET OBSERVATEURS
4.2 LA SECONDE SPHÈRE : LES MEMBRES
4.2.1 Diffusion d'opportunités
4.2.2 Propositions d'affaires
4.2.3 Forum
4.2.4 Présence en ligne
4.3 STRUCTURE
4.3.1 La première sphère
4.3.2 La sphère des membres
4.4 LA SPHÈRE DES ENTREPRISES VIRTUELLES
4.5 LA SPHÈRE DES ANIMATEURS
4.6 EVOLUTION ET MONTÉE EN CHARGE

5. SYNTHÈSE
5.1 LES INDÉPENDANTS
5.1.1 Réformes urgentes
5.1.2 Réalités de base
5.2 LE GROUPE V.I.P.
5.3 LES PRINCIPALES DIFFICULTÉS
5.3.1 Volontaires bénévoles
5.3.2 Evolution permanente
5.3.3 Le poids à traîner
5.3.4 Etat d'esprit

6. ANNEXE


1. INTRODUCTION

L'expérience du Groupe Virtuel d'Indépendants Partenaires (Groupe V.I.P.) met en œuvre des concepts et des moyens qui sont pour la plupart déjà utilisés ou expérimentés ailleurs dans le monde.

En économie, tout comme en physique, la génération spontanée n'existe pas. L'apparition d'un phénomène nouveau aux yeux du grand nombre n'est qu'une question de prise de conscience des limitations arbitraires de référentiels précédemment considérés comme acquis.

Une étude plus attentive permettra toujours de mettre en lumière un historique révélateur tant chez les acteurs directement concernés qu'en ce qui concerne les sources d'inspiration principales ou annexes qui les ont influencés.

Les outils de travail collaboratif évoqués ici ne sont pas explicités dans le détail. Le chercheur intéressé trouvera toutes informations utiles dans les multiples ouvrages sur l'Internet, ou bien sur le World Wide Web. Par ailleurs, quelques éléments sur les antécédents de ma démarche en termes d'entreprise en réseau ont été inclus en fin de communication1.

Enfin, il faut signaler que l'expérience est en cours. Le présent document décrit la vision d'ensemble du projet au moment où il a été écrit.

L'un des fondements du groupe virtuel étant sa souplesse d'adaptation à l'évolution des circonstances, le Groupe V.I.P. aura pu évoluer de manière sensiblement différente lorsque vous lirez cette communication.


2. LES ORIGINES

2.1 La montée de l'indépendance

2.1.1 Vous dites, "indépendant" ?...

De quoi est-il question ici ?

Il s'agit avant tout de l'activité et du statut de ceux qui exercent leur activité professionnelle en tant qu'indépendants.

Sur le plan juridique strict, l'indépendant exerce en principe sous le même statut que celui des professions libérales.

Dans la pratique, cependant, je considérerais ici également comme indépendants ceux qui ont adopté un statut d'entreprise (EURL) ou d'indépendance salariée (ou même d'artisan et de commerçant dans certains cas) pour pouvoir exercer leur métier et gagner leur vie.

Ces indépendants ont tous deux préoccupations fondamentales en commun :

  1. Equilibrer leur niveau d'activité dans le temps.
  2. Exercer leur métier malgré une législation et une réglementation inadaptées.

2.1.2 Une position inconfortable

L'indépendant n'est pas vraiment, en France, à l'aise comme un poisson dans l'eau.

Entre le médecin, l'avocat ou l'ingénieur-conseil exerçant en profession libérale, d'une part, et la PME, d'autre part, il n'y a de place dans la perception générale que pour les artisans, les commerçants et... les intérimaires.

Pour les syndicats, l'indépendant est trop souvent considéré comme de la graine de patron exploiteur.

Pour l'état et le fisc, il y a facilement assimilation avec artisan ou de commerçant, fraudeurs potentiels d'office.

Enfin, pour les organismes sociaux, il s'agit d'une étrangeté à peine moins gênante qu'une mouche dans le potage de l'illusion paritaire.

Chez nous, jusque récemment, l'indépendance ne pouvait être que nationale. Il n'est donc pas étonnant qu'égalité rime encore avec complexité, et fraternité avec assisté.

2.1.3 Une évolution perceptible

Jusque récemment, en effet, car les choses changent, lentement mais sûrement.

Sur le plan économique, la fin des certitudes doctrinales - déjà bien entamées auparavant - entraîne le vacillement du mythe franco-français de la représentativité paritaire "universelle" état/patronat/syndicats.

La montée de la précarité et la probabilité croissante du chômage a sonné le glas de l'auto-justification d'un certain nombre de grandes structures, privées ou publiques, et la prise de conscience du poids économique primordial des petites structures.

Un chemin équivalent a encore à être accompli en ce qui concerne les indépendants. Mais il y a néanmoins progressivement changement tant de la réalité que de la perception des prestataires indépendants.

2.1.4 Mais un frein au niveau des mentalités

Pour exercer une activité de consultant indépendant et pouvoir néanmoins accéder aux grandes entreprises et administrations, il n'y a souvent pas d'autre possibilité que de se présenter sous la "casquette" d'une autre structure d'une taille plus importante.

En France, il n'est pas reconnu que l'expertise puisse être le fait d'un individu qui puisse exister en dehors d'une structure d'une certaine importance.

Cela, contrairement à la situation au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, par exemple, où le consultant et le travailleur indépendant ont trouvé leur place naturellement dans le tissu économique.

Il y a des exceptions, bien entendu, à côté des professions à statut protégé ou réglementé : les domaines ou créneaux dans lesquels les compétences pointues étaient rares et recherchées (technologie de pointe ou expert d'un domaine administratif ou fiscal, per exemple).

L'une des conséquences de la course aux NTIC2 qui a accompagné la mondialisation est justement l'augmentation tant du nombre que de l'importance de ces compétences. Cela, joint à la souplesse et à la rapidité d'adaptation des indépendants, a constitué l'un des principaux leviers amenant le changement de perception des acteurs économiques à leur égard.

Il reste cependant encore beaucoup de chemin à faire. Dans une majorité de grands comptes et d'administrations, l'indépendant a encore intérêt à se présenter sous une carte de visite de SSII importante - ou encore à la rigueur d'EURL ou d'association - pour être reçu (le Groupe V.I.P. pourrait notamment répondre à ce besoin).

2.1.5 Statut fiscal et social inique

Le statut social et fiscal de l'indépendant est totalement inadapté. Il est basé sur un régime de versements provisionnels, qui sont fonction de l'activité de la dernière année fiscalement close (2 ans avant), et régularisés ensuite par des versements/remboursements lorsque les revenus de l'année concernée auront été dûment entérinés par le fisc (un an après les faits en principe).

Pour résumer, pour l'indépendant la durée du cycle fiscal/social est plus longue que celle de l'amortissement de son micro-ordinateur...

Ce régime peut paraître adapté pour les professions à statut protégé, comme les médecins, les notaires ou les huissiers de justice. Il est par contre totalement inadéquat en ce qui concerne les travailleurs indépendants de nombreuses autres professions, dont le niveau d'activité et les besoins d'investissements et de recyclages fréquents peuvent faire varier fortement les revenus et les investissements d'une année sur l'autre.

Dans les faits, et pour résumer, il se traduit souvent par des situations financières inextricables au bout de trois ou quatre ans d'activité. L'indépendant se retrouve alors en situation d'endettement permanent, et son statut se révèle comme une véritable situation de servage moderne, légalement imposée3.

Pour améliorer les choses, il suffirait cependant de prendre en compte une réalité simple :

Le problème de l'indépendant n'est pas le fait qu'il y ait des impôts, contributions et autres charges sociales à payer. Il est dans le fait qu'il est dans l'impossibilité de savoir, lorsqu'il encaisse une somme, quelle est la partie dont il dispose effectivement pour vivre et investir pour son avenir et celui des siens, d'une part, et celle qui ira à l'état ou à la collectivité pour redistribution et solidarité, d'autre part.

Il faudrait prendre en compte cette réalité légitime - tant pour l'indépendant que pour tous les Français - à un niveau où elle ne pourra plus être ignorée par le législateur : dans la Constitution.4

2.1.6 Détournement du droit du travail

Il faut également stigmatiser le fait que certains donneurs d'ordre recherchent essentiellement dans l'utilisation d'indépendants à contourner les contraintes imposées par la législation pour l'emploi de salariés.

A titre d'exemple, il suffit de prendre cette offre rencontrée sur le Net : "recherche graphiste, statut indépendant, travail en nos locaux avec son matériel sous la supervision du responsable de rubrique pour la réalisation d'éléments de maquettes, durée 10-15 jours, rémunération 500 FF par jour... "

Il parait douteux que "l'indépendant" concerné puisse assumer tant ses charges que l'équipement nécessaire avec une telle rémunération.

Signalons que ce type de prestation serait en toute probabilité requalifié en contrat de travail salarié en cas de visite de l'inspection du travail ou de l'URSSAF ; sans plus de commentaires.

En l'occurrence, la mission sera probablement prise par un jeune débutant ignorant des contraintes légales, fiscales et sociales, ou encore par un demandeur d'emploi acculé. Les déclarations non effectuées et charges non payées, il s'agira alors en fait de travail au noir, qui mènera à une situation inextricable un jour ou l'autre pour les intéressés.

2.1.7 Les nouvelles réalités

L'indépendant, aujourd'hui, ce n'est plus exclusivement l'ingénieur-conseil. Il faut notamment prendre en compte le développement actuel de ce qui est connu ailleurs sous le vocable SOHO5. C'est à dire, tous ces indépendants et micro-structures qui font en grande partie la création d'activités économiques nouvelles en France aujourd'hui.

Actuellement, l'on trompe les nouveaux arrivants par un régime fiscal et social allégé pendant les deux premières années. Puis, lorsqu'arrive la période critique des 3-4 ans d'activités, le piège est refermé, comme en témoigne le taux d'échec important à cette échéance.

Plus grave : Etant donné la durée du cycle fiscal/social, le candidat à l'indépendance se retrouve ensuite plus ou moins endetté. Quel que soit son savoir-faire "métier", comment peut-il faire pour se réinsérer dans le tissu économique tout en étant condamné à assumer son passif sur de nombreuses années ?

Enfin, la réalité d'aujourd'hui c'est également l'absence criante de banquiers exerçant effectivement le rôle économique moteur que devrait justifier leur statut légal privilégié.

Les indépendants attendent beaucoup de l'Euro pour permettre l'arrivée de professionnels de la finance capables de prendre en compte les besoins du marché SOHO.

2.2 Des besoins communs

2.2.1 La foire et le moulin

Un point fondamental est donc la difficulté pour l'indépendant à assurer de front l'exécution de ses missions, d'une part, et la démarche commerciale indispensable à leur renouvellement, d'autre part.

Il s'agit du syndrome bien connu de "la foire et du moulin".

Il n'est pas facile pour l'indépendant d'assurer une réponse téléphonique permanente, une documentation commerciale de qualité ou un suivi administratif et commercial.

2.2.2 Maîtriser la charge de travail

En ce qui concerne la charge de travail, tout indépendant sait qu'il aura des périodes pendant lesquelles il lui semblera que tous ses clients se réveillent en même temps pour réclamer ses services, alors qu'à d'autres moments, il pourra avoir une activité nettement insuffisante.

Pour faire face au coup de feu passager, il essaierait bien de d'employer quelqu'un en se couler dans les divers dispositifs d'exception qui permettent des réductions de charges.

Mais en fin de compte il ne veut pas embaucher, tant en raison de l'aspect passager du besoin que pour des raisons évidentes de complexité administrative et de charges.

Il répugne aussi à faire appel à des confrères qu'il ne connaît pas suffisamment, par crainte de perdre son client.

Enfin, quelle que soit l'étendue de ses compétences, l'indépendant se retrouve de temps en temps avec des missions pour lesquelles il a besoin de faire appel à des compétences complémentaires.

2.2.3 Image de marque

Il résulte de tout cela une certaine difficulté pour l'indépendant à créer une image de marque de qualité et de fiabilité, et ce, même si la qualité de son travail est reconnue.

La constitution d'un réseau et la recherche de complémentarités ont été de tout temps les réponses que les indépendants ont chercher à mettre en œuvre pour y remédier.

Mais là encore, le temps et les moyens à y consacrer ont souvent été un obstacle important.

L'évolution des NTIC fournit à présent des moyens pour y faire face avec un investissement plus adéquat.

2.3 L'évolution technologique

2.3.1 L'exception française

Au début des années 80, le débat entre privatique et télématique a été tranché de manière autoritaire au profit du Minitel.

Au crédit de cette décision, il faut mettre la création de toutes pièces d'un nouveau secteur d'activité aux retombées économiques non négligeable.

Je ne reviendrai pas, sauf pour rappel, sur les effets de bord de la facturation des services télématiques à la durée de connexion, qui ont enraciné en nous une perception viciée de la notion de valeur économique dans le domaine des services.

Un autre effet non négligeable a été de privilégier un schéma d'organisation centralisée : chaque serveur télématique étant un tout séparé et distinct du reste, il faut se déconnecter d'un service pour pouvoir demander ensuite la connexion à un autre service.

Il y a cependant eu des îlots de résistance, par la mise en place de babillards (BBS6), ou bien par la formation de communautés électroniques sur des réseaux mondiaux, tels CompuServe ou GeoNet. Mais pendant que cette minorité et le reste de l'Europe et du monde y faisait son apprentissage, ils étaient souvent vus en France comme des marginaux.

2.3.2 Un comité virtuel précurseur

Il est difficile de souligner à quel point les NTIC peuvent aider à remettre en cause des schémas socio-économiques préalablement tenus comme acquis.

Bien entendu, il ne s'agit pas de jouer la technologie pour le simple plaisir du changement. Mais les NTIC pourront souvent jouer le rôle de révélateur et fournir un contexte et des outils inattendus.

A titre d'exemple, je citerai une expérience menée dans le cadre de la normalisation informatique.

Il s'agit d'un domaine traditionnellement très policé. Les acteurs en sont des organismes officiels nationaux, privés ou publics. Participent à leurs travaux des experts détachés par des constructeurs informatiques, des grandes SSII, des universités ou des administrations.

Les organismes nationaux participent à leur tour aux comités et réunions de l'ISO7, où les aspects techniques sont souvent masqués par un rituel de négociation internationale.

De 1991 à 1995 a fonctionné un projet qui a commencé sous forme de groupe virtuel et a abouti à la création d'un comité de normalisation international, opérant sous l'égide de l'ANSI8.

Des consultants indépendants y ont siégé aux côtés de SSII américaines et d'éditeurs de logiciels tels que Microsoft, Computer Associates ou Borland. L'objectif était la mise sur pied d'une norme de langage de programmation sous l'impulsion des utilisateurs de logiciels de bases de données compatibles dBASE9.

Le projet Xbase est brièvement survolé en fin de communication10.

Ce comité est né sur forum électronique. Il a fonctionné en grande partie par courrier électronique. Il a joué un rôle précurseur tant au niveau de l'ANSI, que des organismes européens et de l'ISO. Ces derniers se sont à présent à leur tour inspiré de ces même moyens.

2.3.3 Autres expériences antérieures

En 1995, Il était encore trop tôt pour envisager d'utiliser l'Internet sur une grande échelle pour un projet professionnel en France. L'idée a germé et a mûri dès cette époque, mais il était encore trop tôt.

J'ai participé à plusieurs expériences américaines ou européennes utilisant des moyens techniques tels que les listes de diffusion ou de discussion, les newsgroups ou forums, ou encore le Word Wide Web.

Cela allait de communautés virtuelles à la constitution de listes ciblées par la proposition de services gratuits.

Avec les années 1996-97, l'environnement a très sensiblement évolué en France. Essentiellement tout d'abord sous l'impulsion de "la base". L'action continue depuis plusieurs années des membres du Club de l'Arche en constitue un bon exemple.

Les sommets de l'Etat s'étant enfin rangés clairement dans le camp des normes ouvertes de l'Internet, les conditions sont enfin réunies pour que la France commence à rattraper son retard, sous l'impulsion de base des utilisateurs et des consommateurs.


3. LE GROUPE VIRTUEL D'INDEPENDANTS PARTENAIRES

Le Groupe V.I.P. a été imaginé pour répondre à certains des besoins mis en lumière au chapitre précédent.

3.1 Indépendants

Il s'adresse tout d'abord à des indépendants. Le membre exercera donc une activité officiellement déclarée sous ce statut, ou bien sous le régime de l'indépendance salariée à partir d'une structure d'accueil régulièrement déclarée.

A titre transitoire, les micro-structures ou entreprises de un à trois salariés relevant de régimes commerciaux ou artisanaux sont également acceptées.

3.2 Partenaires

La notion de partenariat est primordiale. Elle implique une coopération franche et volontaire.

Elle exclut la compétition farouche habituellement de mise.

Elle s'accommode néanmoins d'une coopétition aux contours clairement définis.

3.3 Groupe Virtuel

Au départ, il n'y a pas de liens financiers et juridiques formels liant les participants dans le cadre d'une personne morale unique.

Cela pourra néanmoins être le cas dans le cadre de projets communs spécifiques. Mais cette exception ne constitue pas la règle générale.

L'organisation est donc virtuelle, car nombre de ses participants et de ses activités ne s'inscrivent pas dans un cadre juridique ni géographique définis à priori.


4. L'ORGANISATION VIRTUELLE - LES SPHERES

L'accès par les intéressés au Groupe V.I.P. s'effectue exclusivement par moyens électroniques.

Les demandes d'information des indépendants intéressés sont dirigées vers un répondeur (vip-info@fghoche.com) qui envoie un texte d'introduction au demandeur.

Des messages d'accueil et information sont disponibles pour l'entrée dans chaque sphère ou service.

Un site web propose une première ébauche de plaquette d'information11.

4.1 La sphère extérieure : les sympathisants et observateurs

En gros, il s'agit à ce stade de voir et toucher sans s'engager.

L'accès est gratuit et sans engagement particulier. Il donne lieu à inscription sur une liste de diffusion d'opportunités.

La liste permet de répercuter sur les participants des opportunités proposées par d'autres participants.

Il pourra s'agir de la recherche d'un sous-traitant ou d'un partenaire pour mener à bien des missions. Dans ce cas, un indépendant a à faire face à une charge de travail ponctuelle trop importante, ou bien, il recherche une compétence complémentaire à la sienne dans un projet donné.

La demande pourra spécifier devoir être satisfaite en sous-traitance ou en partenariat.

Dans d'autres cas, un indépendant pourra vouloir faire la cession d'un contact pour une affaire qu'il ne souhaite pas traiter pour une raison ou une autre.

Enfin, sont également diffusées des demandes de prestations par des indépendants, qui sont signalées par des membres en provenance d'autres sources. Ces sources peuvent être des contacts, ou des annonces de presse, de newsgroups ou forums, etc.

4.2 La seconde sphère : les membres

Il s'agit d'indépendants ou de micro-structures, exerçant effectivement une activité déclarée à ce titre.

Ces indépendants veulent le rester, sans pour autant se retrouver isolés.

4.2.1 Diffusion d'opportunités

Comme avantages particuliers, les membres reçoivent la liste des opportunités intégrale. C'est à dire que contrairement à ce qui se fait pour la première sphère, les coordonnées des offreurs sont directement incluses dans les offres diffusées.

Cela leur donne de facto une priorité sur les simples inscrits de la première sphère.

4.2.2 Propositions d'affaires

Les membres peuvent également demander à s'inscrire sur la liste des propositions d'affaires.

Sur cette seconde liste peuvent par exemple être diffusées des propositions de partenariat étendu, des offres de collaboration commerciale ou non en entreprise virtuelle, ou encore des offres comportant des avantages particuliers pour les membres.

La diffusion est soigneusement filtrée, afin d'éviter toute dérive dommageable.

4.2.3 Forum

Echanger et créer des liens entre les membres, participer à l'évolution du Groupe V.I.P. et influencer cette évolution, tels sont certains des buts de la liste de discussion. La participation est facultative.

Le media choisi sur le plan technique est le courrier électronique ou la liste de discussion contrôlée. En cas d'augmentation des volumes, un newsgroup pourra s'y substituer le cas échéant.

4.2.4 Présence en ligne

Le site web est destiné à être une plaque tournante des échanges.

Tout d'abord, il propose une plaquette de présentation du Groupe V.I.P. Il devra comprendre aussi une section destinée aux membres.

L'annuaire des membres sera accessible en ligne.

Au fur et à mesure de l'évolution des activités du Groupe V.I.P. les participants aux éventuels projets devront pouvoir rester en contact.

Un intranet en réseau virtuel devra fournir la plate-forme adéquate.

4.3 Structure

Le Groupe V.I.P.

4.3.1 La première sphère

Pour les services de la première sphère, aucune structure juridique particulière n'est nécessaire. Le groupe fonctionne donc en association de facto.

4.3.2 La sphère des membres

La mise en service de la seconde sphère nécessite la création d'une structure dotée de la personnalité morale, capable de percevoir les cotisations et de faire les investissements et les dépenses de fonctionnement nécessaires pour la mise en œuvre des moyens d'action.

A ce stade, une association déclarée selon la loi de 1901 est cependant suffisante.

Cette structure permet également de mettre en application la charte de qualité que les adhérents doivent signer.

Enfin, Cette structure permet également de négocier des avantages particuliers pour les membres, tels que contrat de groupe d'assurance, réductions sur équipement et fournitures, etc.

4.3.3 La sphère des entreprises virtuelles

Il s'agit pour certains participants de s'engager en commun dans des projets particuliers.

Certains projets peuvent s'articuler autour d'un chantier ou d'un client donné.

Mais il peut également s'agir d'une offre conjointe dans un domaine tel que le groupware, ou bien l'Euro ou encore l'an 2000, pour ce qui est de l'informatique.

Les participants sont nécessairement membres de la seconde sphère. Ils disposent donc déjà des outils et avantages concernés. Mais l'adoption du projet d'entreprise virtuelle pourra apporter des outils particuliers. Citons notamment :

Bien entendu, les projets sont gérés sur budgets spécifiques et autofinancés.

Précisons que, selon le cas, une structure commerciale peut être nécessaire. De même, en cas de développement dépassant la durée limitée d'un projet, un essaimage peut être plus judicieux.

4.3.4 La sphère des animateurs

Une organisation, qu'elle soit virtuelle ou pas, ne peut vivre et évoluer que sous l'impulsion d'un noyau actif cohérent.

Dans ce noyau, l'on trouve les membres du Bureau exécutif de l'association, ainsi que les animateurs des différentes activités dans les sphères.

4.4 Evolution et montée en charge

Si l'importance de l'ensemble dépassait une certaine taille, des structures complémentaires pourraient être activées en cas de besoin.

Il pourra notamment s'agir :


5. SYNTHESE

5.1 Les indépendants

Les indépendants et autres professionnels exerçant en SOHO prennent une place croissante dans la plupart des secteurs de l'activité économique.

5.1.1 Réformes urgentes

Une réforme profonde des régimes fiscaux et sociaux est indispensable à court terme.

Le statut recherché serait par certains aspects comparable à celui de l'indépendance salariée12.

Mais il irait plus loin que ce dernier, mettant en œuvre un principe fondamental : l'imposition (fiscale et sociale) immédiate dans le mois de la perception des rentrées de l'activité concernée.

Une action de réformes rapides du législateur et de l'exécutif permettra peut-être d'éviter la délocalisation trans-frontière de nombreux indépendants français au lendemain de l'introduction de l'Euro.

Enfin, il y a un vide extraordinaire à combler au niveau de l'absence de services bancaires dignes de ce nom pour les indépendants.

5.1.2 Réalités de base

La difficulté principale à laquelle est confronté l'indépendant est celle de la répartition et de l'équilibrage de son activité dans le temps.

Mais il faut rappeler que tous les moyens technologiques nouveaux ne remettent pas en cause une réalité de base : tout travail en commun ne peut s'effectuer que si la confiance est établie.

La confiance peut certes commencer à germer au cours de relations d'échange cybernétique. Cependant, elle ne s'établira réellement que par un vécu lors de projets communs.

Elle nécessitera le plus souvent des rencontres non virtuelles pour se concrétiser.

Les nouveaux moyens des NTIC apportent donc des opportunités de développement et d'ouverture formidables aux indépendants. Mais ils ne constituent en tout état de cause qu'un apport complémentaire ne remettant pas en cause les réalités fondamentales de l'activité en groupe.

5.2 Le Groupe V.I.P.

Le Groupe V.I.P. peut être vu comme une organisation virtuelle multi-niveau, basée sur une structure ultra-légère et destinée à évoluer en continu.

La mise en œuvre n'en est possible qu'avec une utilisation importante des NTIC :

Il répond aux besoins structurels et socio-économiques d'une catégorie socio-professionnelle d'importance croissante : les professionnels indépendants.

5.3 Les principales difficultés

5.3.1 Volontaires bénévoles

La structure ultra-légère permet de limiter les frais de fonctionnement à un minimum.

Mais le revers de la médaille lorsque l'on cherche à réunir des indépendants tient tout d'abord dans le fait que les intéressés sont... très indépendants.

L'implication qui est nécessaire pour le fonctionnement des sphères - notamment à partir de la seconde - est donc difficile à obtenir.

5.3.2 Evolution permanente

D'une manière générale, d'ailleurs, le citoyen du Net est volage et infidèle par nature. Il faut par exemple prévoir que les inscrits dans la première sphère seront en renouvellement constant.

Le rythme d'évolution très rapide dans le marché des NTIC implique un effort important et continu de mise à niveau. Cela laisse assez peu de loisirs pour s'engager.

5.3.3 Le poids à traîner

Mais les efforts nécessaires pour mettre en place et animer une organisation virtuelle ne sont malheureusement rien au regard du défi représenté par les questions juridiques, fiscales et sociales au look antédiluvien, et de facto inéluctablement de plus en plus complexes à chaque "respir" de parlementaire et de ministre.

5.3.4 Etat d'esprit

Enfin, et ceci n'est pas sans rapport avec cela, le retard français sur le Net a jusqu'à présent autant été une question d'état d'esprit que de manque de volume.

Alors que l'Internet et les NTIC fournissent un formidable moyen d'initiative individuelle et d'émancipation, la tendance naturelle des acteurs économiques français est d'attendre je ne sais quels dispositifs d'encadrement et d'encouragement de la part de l'état et de collectivités locales et régionales.

 

Cependant, le mouvement est entamé et l'évolution inéluctable. Les jeunes générations se chargeront de démontrer l'obsolescence d'état d'esprit et de structure de ceux de leurs aînés qui seront trop lents à évoluer.

La mondialisation, l'Europe et les NTIC sont sans nul doute des vecteurs sans lesquels l'inertie ambiante n'aurait pas pu être ébranlée avant plusieurs générations.

Le Groupe V.I.P. est l'une des expériences qui veut accompagner ce nouvel apprentissage.

 

  François Ghoche
Consultant
Technologies de l'information et de la communication
  A.T.O.N. consulting
Groupe V.I.P.
AFTT - groupe télé-acteurs indépendants
  www.fghoche.com
fghoche@fghoche.com
BP 49 - 78042 Guyancourt
   
   


6. ANNEXE

Exemple de décompte de charges sur une mission d'indépendant salarié (bases purement indicatives) :

(Tableau non inclus dans cette version)


NOTES

1 Antécédents :

Dès 1979, j'ai décidé de sauter le pas. J'ai choisi l'indépendance, ayant notamment pris conscience que l'avenir serait inéluctablement modelé par les nouveaux outils issus de la micro-informatique naissante. J'ai tout d'abord participé aux débuts du premier club d'utilisateurs de la micro-informatique en France (AFIN-CAU).

Figurant parmi les pionniers de la pédagogie active par l'utilisation de micro-ordinateurs, j'ai fondé l'association G.E.R.A. avec trois confrères. Il s'agissait notamment de permettre l'exercice effectif d'une activité d'indépendant en conservant un statut de salarié et en présentant aux clients potentiels l'image d'une entreprise. L'association A.T.O.N. a été créée en 1983, et la Sarl en 1986. Les principes de base expérimentés dès 1979 avec difficulté sont toujours au premier plan de mes préoccupations aujourd'hui : une structure hyper-légère (de préférence vide), avec un minimum de frais fixes (de préférence uniquement des coûts directs), et en privilégiant les partenariats pour minimiser l'effort de suivi commercial ("utopiquement" : pas du tout, dans l'idéal : le moins possible).

Le mode de fonctionnement repose sur des principes simples. L'activité est générée par les participants. Les projets peuvent être individuels ou collectifs. Les salaires sont directement liés aux montants effectivement encaissés sur chaque mission ou affaire, déduction faite des impôts et autres charges externes. La structure prélève un pourcentage pour frais de fonctionnement, éventuellement régularisé en fin d'année.

2 NTIC : Nouvelles technologies de l'information et de la communication.

3 Pour plus d'informations à ce sujet, voir notamment l'article : Indépendant, le serf des temps modernes - http://www.fghoche.com/indep.htm.

4 L'article qui manque dans la Constitution de la République Française : Tout citoyen a le droit de choisir un régime de contribution lui permettant de savoir à la fin de chaque mois quels sont exactement les impôts, taxes, cotisations, contributions, assurances et autres charges fiscales et sociales rendues obligatoires par la loi et les règlements, lui permettant ainsi d'avoir la possibilité de se libérer immédiatement ou trimestriellement de ces dettes et de connaître les revenus nets dont il dispose effectivement.

Cet article constituerait tant un moteur puissant pour la simplification des lois et règlements concernés, qu'un bouclier efficace contre certains débordements d'une imagination fiscale et sociale d'une fertilité souvent inconséquente.

Le rôle de l'état n'est pas d'asservir le citoyen par l'endettement.

5 SOHO : Small Office, Home Office.

6 BBS : Bulletin Board Service.

7 ISO : International Standards Organisation.

8 ANSI : American National Standards Institute.

9 DBASE : Marque déposée de Borland International - Produits proposant un environnement de développement rapide d'applications orientées bases de données et un langage de programmation sur plate-forme micro-ordinateurs.

10 Le projet Xbase :

1991: Le rachat d'Ashton-Tate par Borland relance l'espoir d'une norme de langage de programmation Xbase parmi les utilisateurs. Les discussions et échanges se déroulent sur les forums Compuserve. Des contacts se nouent. Un projet se dessine.

1992: Après environ neuf mois de tribulations virtuelles, le comité ANSI / X3J19 est convoqué pour sa première réunion physique. Les participants qui avaient construit le projet se rencontrent pour une bonne partie d'entre eux pour la première fois. Outre les USA, des participants Européns (UK et France) et Japonais. L'Institut Xbase Européen est constitué pour permettre à une délégation européenne de participer aux travaux, en marge des instances de normalisation nationales et européennes. Il s'agit d'une association de droit français, déclarée selon la loi de 1901.

L'essentiel du travail de préparation s'effectue à distance. La coordination se fait sur un forum Compuserve. Les échanges de documents par e-mail sur le Net, parallèlement aux envois "officiels" par courrier postal. Tout cela alors que ces procédures sont encore inutilisées par l'ANSI, l'AFNOR, le BSI et l'ISO. Les réunions formelles du comité, trois fois par an, restent nécessaires pour la validation ou la confrontation des alternatives, la recherche du consensus et les votes formels, nécessaires pour le respect des procédures de normalisation.

Cette expérience n'a été possible que parce que les moyens offerts par les nouvelles technologies en termes de messagerie électronique et de travail de groupe étaient disponibles. Une cinquantaine de participants a pu mettre sur pied, et conduire pendant près de quatre ans, un projet impliquant une participation des quatre coins de la planète, et ce, sans l'initiative ou le soutient d'états ou d'organisations professionnelles établies.

11 Site web expérimental du Groupe V.I.P. : www.fghoche.com/vip/.

12 Indépendance salariée : Facturation des missions par une structure d'accueil, qui reverse à l'indépendant un salaire. Ce salaire est calculé pour chaque mission à partir des rentrées concernées et déduction des charges sociales et fiscales, ainsi que de frais de fonctionnement de la structure d'accueil (exemple de décompte de rémunération en annexe).


F.E.T.T'98 - UNE EXPERIENCE D'ORGANISATION VIRTUELLE: LE GROUPE V.I.P.

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fg - dernière MàJ/last update: 7avril 1998